Oldiblog
Fermer
  Créer son blog KaZeo     Créer un blog gratuit Dimanche 20 mai 2012   St Bernardin  
Centre hospitalier en danger
 

puceEdito

Président du Comité de défense et de développement, le cardiologue Jean-Yvon Roudaut, 56 ans, est également chef de l'unité de médecine à orientation cardiologique de l'hôpital de Carhaix-Plouguer. Interview.

 

 

L'ARH menace de fermer les services de maternité et de chirurgie. Cette décision est-elle justifiée d'après vous ?

 

 

"Non, bien entendu que non ! Dans un hôpital de proximité comme le nôtre, structure de petite taille à distance des autres plateaux techniques d'au moins 45 minutes, il est absolument impératif à mes yeux de maintenir de tels services. Ceci est d'autant plus nécessaire que le centre hospitalier de Carhaix est la seule structure de santé dans le territoire du centre Ouest-Bretagne. La fermeture de tels services serait la conséquence du déficit budgétaire qui, soit dit en passant, concerne quasiment tous les centres hospitaliers, notamment dans le Finistère. En fait, il ne s'agit là que d'un prétexte pour concentrer par exemple les maternités dans les centres les plus importants (7 ou 8 en Bretagne) et pour supprimer les services qui "manquent de rentabilité" même s'il est prouvé qu'ils rendent incontestablement service à la population locale."

 

L'indignation de la population et du personnel soignant suffira-t-elle à faire revenir les Autorités de tutelle sur leur éventuelle décision ?

 

La manifestation, compte tenu de son succès, aura un impact certain sur nos discussions avec les autorités de tutelle. Pour notre Comité, il paraît important de montrer à la direction de l'ARH que la population est avec nous, surtout après les propos tenus dans vos colonnes le 19 mars par son directeur, le docteur Antoine Perrin. Bien entendu, il faudra fournir d'autres arguments à l'ARH pour la persuader qu'une fermeture de services actifs est préjudiciable à notre centre hospitalier. Il me paraît donc primordial d'élaborer des projets en apportant, pourquoi pas, des modifications à la gouvernance hospitalière actuelle. Cela passerait à mon avis par un renforcement de la collaboration avec certaines structures hospitalières plus importantes que la nôtre (Quimper et Brest). Peut-être notre salut passera-t-il aussi par la constitution d'un groupement de coopération sanitaire de territoire.

 

 

Hypothèse absurde : on suppose ces deux services fermés. Que se passe-il ?

 

"Une telle fermeture aurait de graves conséquences. L'expérience prouve que la fermeture d'un service est souvent suivie d'autres fermetures. De plus, un hôpital comme le nôtre fonctionne tout particulièrement en symbiose, c'est à dire que chaque praticien a besoin de l'avis expérimenté de ses collègues pour traiter les patients qu'il prend en charge. Moi qui suis cardiologue, j'ai fréquemment besoin de l'avis soit du gastro-entérologue, soit du chirurgien pour résoudre par exemple un problème de douleur abdominale alors que le patient se trouve dans mon service pour une pathologie cardiaque. Si les services de gynécologie et de chirurgie ferment, nous aurons beaucoup de difficultés à garder nos médecins anesthésistes et d'autres spécialistes s'en iront, tel le gastro-entérologue puisqu'il ne pourra plus effectuer certains actes endoscopiques comme les coloscopies. Il y aura donc un dysfonctionnement hospitalier qui va s'aggraver progressivement avec le risque au final de voir notre centre hospitalier être transformé en un hôpital local avec un embryon de service de médecine et un pôle important de gériatrie. La fermeture de ces services aurait également de graves conséquences sur l'aménagement du territoire avec un risque élevé de désertification du centre Ouest-Bretagne. Pas de maternité, pas de jeunes couples à s'installer. La lutte pour le maintien des services actifs de notre hôpital s'intègre parfaitement dans le combat mené pour le maintien du service public sur le territoire."

 

Exemple concret : une jeune femme est sur le point d'accoucher. Auparavant, en moins de 20 minutes, elle était prise en charge à la maternité. En cas de fermeture …. ?

 

"Il y aura certainement beaucoup d'accouchements en rase campagne, quelque part entre Carhaix et Morlaix. Mais j'ai appris récemment que les pompiers étaient maintenant formés pour parer à de telles éventualités !!"

 

Alors, en guise de conclusion, pouvez-vous affirmer que vous restez optimiste quant au maintien des deux services qui sont dans le collimateur de l'ARH ?

 

"En tant que président du Comité, je reste résolument optimiste tout en sachant que le chemin est semé d'embûches. Dans l'immédiat, nous attendons la venue de M. Perrin, date initialement prévue le 25 mars mais qui a été reportée dans l'attente des résultats d'une mission d'expertise menée à sa demande. En tout cas, nous sommes extrêmement déterminés à obtenir gain de cause et notre action s'intensifiera au besoin avec l'aide, d'ailleurs, de la coordination nationale des Comités de défense des hôpitaux de proximité. Ils sont nombreux à être dans notre situation."

 

                                                                                  Propos recueillis par Maurice BILIRIT